Résumé du cours
L’essentiel
- La douleur est évaluée de façon systématique avec une échelle validée (EN, EVA, EVS, hétéro-évaluations) avant et après tout antalgique.
- L’OMS décrit 3 paliers antalgiques : palier 1 (non opioïdes), palier 2 (opioïdes faibles), palier 3 (opioïdes forts), avec association possible.
- Le néfopam est un antalgique non morphinique d’action centrale, généralement rattaché au palier 1, avec effets neuropsychiques et risque de tachycardie.
- Les opioïdes (paliers 2 et 3) exposent surtout à la dépression respiratoire, la constipation, la sédation et les nausées : surveillance rapprochée indispensable.
- Le rôle infirmier : évaluer la douleur, surveiller l’efficacité et la tolérance, repérer les signes d’alerte, tracer les données et éduquer le patient.
Définition de la douleur et principes généraux
- La douleur est une « expérience sensorielle et émotionnelle désagréable » liée à un dommage tissulaire réel ou potentiel.
- Elle peut être :
- Aiguë : durée limitée, souvent liée à un événement (traumatisme, chirurgie).
- Chronique : > 3 mois en général, avec retentissement fonctionnel et psychologique.
- Types de douleur :
- Nociceptive (somatique, viscérale)
- Neuropathique (atteinte du système nerveux)
- Mixte (associant plusieurs mécanismes)
- Principes :
- Traiter la cause si possible.
- Adapter le traitement au type et à l’intensité de la douleur.
- Prévenir la chronicisation et les complications (anxiété, insomnie, dénutrition).
Évaluation de la douleur
- Indispensable avant, pendant et après tout traitement antalgique.
- Doit être tracée dans le dossier (heure, échelle, valeur, contexte, traitement associé).
Principales échelles
- EVA (échelle visuelle analogique) : réglette 0–10 cm, réservée aux patients coopérants.
- EN (échelle numérique) : le patient donne une note de 0 à 10.
- EVS (échelle verbale simple) : pas de douleur / faible / modérée / intense / maximale.
- En pédiatrie ou personnes non communicantes : échelles d’hétéro-évaluation (comportement, mimiques, agitation…).
Rôle infirmier dans l’évaluation
- Proposer une échelle adaptée à l’âge, à l’état cognitif, à la langue.
- Réévaluer systématiquement après administration d’un antalgique, selon le délai d’action du médicament.
- Surveiller le retentissement : sommeil, alimentation, mobilité, humeur.
Paliers antalgiques de l’OMS : principes
- Principe de base : « par la bouche, par l’horloge, par l’échelle » (voie orale si possible, horaires réguliers, adapté au niveau de douleur).
- Palier choisi en fonction de l’intensité de la douleur :
- Douleur légère : palier 1.
- Douleur modérée : palier 2 (souvent + palier 1).
- Douleur intense ou rebelle : palier 3 (souvent + palier 1).
- L’association d’antalgiques de mécanismes différents est fréquente pour potentialiser l’effet et limiter les doses.
Palier 1 : antalgiques non opioïdes
Principales classes
- Paracétamol : antalgique et antipyrétique de référence.
- AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) : ibuprofène, kétoprofène, diclofénac… (noms de classe à connaître).
- Antalgiques divers d’action centrale non opioïdes : néfopam.
Indications
- Douleurs légères à modérées : céphalées, douleurs musculaires ou articulaires, douleurs post-opératoires peu intenses, douleurs dentaires, etc.
- Paracétamol souvent de première intention.
- AINS plutôt en présence d’un processus inflammatoire (entorse, tendinite, arthrite) si non contre-indiqué.
Effets indésirables majeurs
- Paracétamol : risque principal = toxicité hépatique en cas de surdosage ou association avec alcool / foie fragile.
- AINS :
- Atteintes digestives (douleurs, ulcère, hémorragie digestive).
- Atteintes rénales (insuffisance rénale fonctionnelle surtout sujets à risque).
- Risque hémorragique (effet sur l’agrégation plaquettaire pour certains AINS).
- Néfopam :
- Effets neuropsychiques : agitation, confusion, hallucinations possibles.
- Effets cardiovasculaires : tachycardie, palpitations, hypotension.
- Nausées, vomissements, sueurs, bouche sèche.
Contre-indications / précautions principales
- AINS :
- Ulcère gastroduodénal évolutif, antécédent d’hémorragie digestive.
- Insuffisance rénale sévère, insuffisance cardiaque décompensée.
- Grossesse à partir du 6e mois (principe général).
- Néfopam : contre-indiqué en cas de glaucome à angle fermé et de troubles urétro-prostatiques avec risque de rétention urinaire ; prudence en cas de troubles psychiatriques, cardiopathies (surveillance cardio), antécédents de convulsions.
Surveillance et rôle infirmier au palier 1
- Vérifier absence de contre-indication, allergies connues.
- Surveiller :
- Douleur (EVA/EN) avant et après.
- Signes digestifs (douleurs épigastriques, melæna, hématémèse) sous AINS.
- Fonction rénale (résultats biologiques, diurèse) selon protocole.
- Signes d’intolérance au néfopam : confusion, agitation, hallucinations, tachycardie, malaise.
- Informer le patient : ne pas multiplier les prises de paracétamol via plusieurs spécialités, signaler tout saignement digestif, tout trouble inhabituel.
Palier 2 : opioïdes faibles
Principales molécules
- Codéine.
- Tramadol.
- Autres associations faibles opioïdes + paracétamol.
Indications
- Douleurs modérées à intenses non soulagées par le palier 1 seul.
- Douleurs post-opératoires, douleurs cancéreuses modérées, certaines douleurs chroniques.
- Souvent associés à un antalgique de palier 1 (paracétamol par exemple).
Effets indésirables majeurs
- Digestifs : nausées, vomissements, constipation fréquente.
- Neurologiques : somnolence, vertiges, céphalées, confusion.
- Respiratoires : risque de dépression respiratoire surtout en surdosage, terrain fragile ou association avec d’autres dépresseurs du SNC.
- Tramadol : risque de convulsions et de syndrome sérotoninergique (en association avec d’autres médicaments sérotoninergiques).
Contre-indications / précautions principales
- Insuffisance respiratoire non contrôlée.
- Précautions chez la personne âgée, insuffisant rénal ou hépatique, sujets polymédiqués.
- Prudence avec l’alcool, benzodiazépines, autres sédatifs.
Surveillance et rôle infirmier au palier 2
- Évaluer la douleur avant et après (délai d’action pris en compte).
- Surveiller :
- Fréquence respiratoire, amplitude, saturation en O2 (selon contexte).
- État de vigilance : somnolence excessive, confusion, désorientation.
- Transit intestinal : prévenir et surveiller la constipation.
- Nausées, vomissements.
- Signaler rapidement : somnolence brutale, bradypnée, cyanose, agitation inhabituelle.
- Éduquer le patient : éviter la conduite de véhicules, l’alcool, se lever progressivement pour limiter les chutes.
Palier 3 : opioïdes forts
Principales molécules
- Morphine (référence du palier 3).
- Autres opioïdes forts (exemples de classe à connaître : oxycodone, fentanyl, hydromorphone…).
Indications
- Douleurs intenses ou rebelles aux paliers 1 et 2.
- Douleurs cancéreuses, douleurs post-opératoires majeures, soins palliatifs.
- Toujours dans un cadre médical strict, souvent avec association à un palier 1.
Effets indésirables majeurs
- Dépression respiratoire : bradypnée, hypoventilation, hypoxie.
- Sédation : somnolence, obnubilation, confusion, risque de chute.
- Constipation quasi constante, nécessitant prévention systématique.
- Nausées, vomissements, prurit, rétention urinaire.
- Risque de dépendance et de syndrome de sevrage en cas d’arrêt brutal après traitement prolongé.
Contre-indications / précautions principales
- Insuffisance respiratoire sévère non contrôlée.
- Traumatismes crâniens avec troubles de la conscience (masque les symptômes).
- Précautions extrêmes chez la personne âgée, l’insuffisant rénal ou hépatique, le patient polymédiqué.
Surveillance et rôle infirmier au palier 3
- Surveillance rapprochée, surtout en début de traitement ou lors d’augmentation de dose.
- À surveiller :
- Niveau de conscience (échelle de vigilance, réponse aux stimulations).
- Fréquence respiratoire, rythme, saturation en O2.
- Douleur (EVA/EN) pour ajustement sur prescription.
- Transit intestinal, diurèse, prurit, nausées.
- Savoir reconnaître les signes de surdosage :
- Somnolence profonde, difficulté à réveiller le patient.
- Respiration lente et superficielle, pauses respiratoires.
- Myosis serré, cyanose.
- Mettre en œuvre les conduites à tenir selon protocoles : alerter immédiatement le médecin, sécuriser la voie aérienne, O2 selon prescription, préparation d’un antidote éventuel (dans le cadre du service, sur prescription médicale).
Rôle infirmier global dans la prise en charge antalgique
- Recueillir l’histoire de la douleur : localisation, horaire, facteur déclenchant ou calmant.
- Proposer et utiliser systématiquement une échelle adaptée.
- Respecter les prescriptions (molécule, voie, horaire) et signaler toute inefficacité ou effet indésirable important.
- Anticiper la douleur (avant soins douloureux, mobilisation, pansements) en respectant les protocoles.
- Associer mesures non médicamenteuses : relaxation, posture antalgique, application de chaud/froid si indiqué, environnement calme.
- Informer le patient et l’entourage sur le plan de prise, les effets attendus, les signes devant alerter.
- Tracer dans le dossier : douleur, traitement administré, efficacité, effets indésirables, informations données.
Pièges classiques
- Sous-estimer la douleur des patients âgés, déments, non communicants : recourir aux échelles adaptées et à l’observation.
- Multiplier les spécialités contenant du paracétamol : risque de surdosage hépatique.
- Oublier de surveiller la respiration et la vigilance sous opioïdes, surtout en association avec d’autres dépresseurs du SNC.
- Ne pas prévenir la constipation lors d’un traitement prolongé par opioïdes.
- Confondre addiction (comportement de dépendance) et usage encadré d’opioïdes dans un but antalgique légitime.
11 flashcards pour mémoriser
Lis la question, cherche la réponse, puis ouvre la carte pour vérifier.
1Quels sont les 3 paliers antalgiques de l’OMS ?
Palier 1 : antalgiques non opioïdes (paracétamol, AINS, néfopam). Palier 2 : opioïdes faibles (codéine, tramadol). Palier 3 : opioïdes forts (morphine, autres morphiniques forts).
2À quel type de douleur correspond principalement le palier 1 de l’OMS ?
Le palier 1 est indiqué pour les douleurs légères à modérées, souvent nociceptives, telles que céphalées, douleurs musculaires ou post-opératoires peu intenses.
3Qu’est-ce que le néfopam et à quel palier est-il rattaché ?
Le néfopam est un antalgique non morphinique d’action centrale, classé parmi les non opioïdes. En pratique, il est généralement rattaché au palier 1 de l’OMS.
4Quels sont les principaux effets indésirables des AINS ?
Les AINS exposent surtout à des atteintes digestives (ulcère, hémorragie), rénales (insuffisance rénale fonctionnelle) et à un risque hémorragique accru.
5Quels effets indésirables majeurs imposent une surveillance sous opioïdes forts ?
Les opioïdes forts peuvent entraîner dépression respiratoire, sédation importante, constipation, nausées, vomissements, prurit et rétention urinaire, nécessitant une surveillance rapprochée.
6Comment évaluer la douleur chez un patient communicant adulte ?
On utilise une échelle validée comme l’EVA (réglette 0–10), l’EN (échelle numérique 0–10) ou l’EVS (échelle verbale simple), en choisissant celle la plus adaptée au patient.
7Quels sont les signes évocateurs d’un surdosage en opioïdes ?
Somnolence profonde, difficulté à réveiller le patient, bradypnée avec respiration superficielle, myosis serré et parfois cyanose orientent vers un surdosage en opioïdes.
8Pourquoi faut-il prévenir la constipation chez un patient sous morphine ?
La morphine et les autres opioïdes ralentissent le transit intestinal, entraînant une constipation quasi constante. Une prévention systématique limite les complications (fécalome, douleur).
9Quels effets indésirables spécifiques doit-on surveiller avec le néfopam ?
Il faut surveiller l’apparition d’agitation, confusion, hallucinations, tachycardie, palpitations, ainsi que les nausées, sueurs et bouche sèche.
10Quel est le rôle de l’infirmier dans la traçabilité de la douleur ?
L’infirmier doit noter dans le dossier la valeur de l’échelle de douleur, le traitement administré, l’heure, l’efficacité observée et les effets indésirables éventuels.
11Pourquoi l’association paracétamol + codéine est-elle fréquente ?
Elle permet de combiner un non opioïde (paracétamol, palier 1) et un opioïde faible (codéine, palier 2) pour potentialiser l’effet antalgique sans recourir d’emblée à un opioïde fort.
7 QCM corrigés
Une ou plusieurs réponses justes par question. Coche, puis « Vérifier » : la question n’est juste que si tu as toutes les bonnes cases, comme à l’examen.
1. Quel médicament appartient au palier 1 des antalgiques de l’OMS ?
Voir la correction
Bonne réponse : B.
Le paracétamol est un antalgique non opioïde de palier 1. La morphine est un opioïde fort (palier 3) et tramadol et codéine sont des opioïdes faibles (palier 2).
2. Quels sont les effets indésirables majeurs à surveiller sous morphine ?
Voir la correction
Bonnes réponses : A, B, D.
La morphine donne fréquemment constipation, dépression respiratoire et somnolence. L’hypoglycémie n’est pas un effet indésirable caractéristique de la morphine.
3. À propos du néfopam, quelles affirmations sont exactes ?
Voir la correction
Bonnes réponses : A, C, D.
Le néfopam est un antalgique non morphinique d’action centrale, souvent rattaché au palier 1. Il peut provoquer tachycardie et agitation. Ce n’est pas un opioïde fort.
4. Quels éléments doivent être systématiquement surveillés chez un patient sous opioïdes (paliers 2 ou 3) ?
Voir la correction
Bonnes réponses : A, B, C.
Sous opioïdes, la fréquence respiratoire, la pression artérielle et le niveau de vigilance doivent être surveillés. La glycémie capillaire n’est pas systématique sauf contexte particulier (diabète, autre pathologie).
5. Quelles affirmations concernant les AINS sont correctes ?
Voir la correction
Bonnes réponses : A, C.
Les AINS font partie du palier 1 et peuvent provoquer des hémorragies digestives. Ils exposent à un risque rénal et sont contre-indiqués en cas d’ulcère gastroduodénal évolutif.
6. Quelle(s) proposition(s) correspond(ent) au rôle infirmier dans la prise en charge de la douleur ?
Voir la correction
Bonnes réponses : A, C, D.
L’infirmier évalue la douleur, surveille les effets indésirables et trace l’efficacité du traitement. La modification de posologie relève du prescripteur, pas de la décision infirmière isolée.
7. Quels sont les risques principaux des AINS nécessitant une surveillance ?
Voir la correction
Bonnes réponses : B, C.
Les AINS peuvent entraîner une atteinte rénale et des complications digestives. La toxicité hépatique n’est pas systématique et la dépression respiratoire n’est pas un effet attendu des AINS.