Résumé du cours
L’essentiel
- Diagnostic de diabète si glycémie à jeun ≥ 1,26 g/L à 2 reprises, ou HbA1c ≥ 6,5 %, ou glycémie ≥ 2,0 g/L + syndrome cardinal, ou HGPO 2 h ≥ 2,0 g/L.
- Diabète de type 2 = insulinorésistance + défaut progressif de sécrétion d’insuline, fortement lié au surpoids, à la sédentarité et au terrain génétique.
- Dépistage ciblé des sujets à risque (surpoids/obésité, antécédents familiaux, HTA, dyslipidémie, ATCD GDM, etc.), à intervalle régulier.
- Complications microangiopathiques : rétinopathie, néphropathie, neuropathie ; macroangiopathiques : coronaropathie, AVC, artériopathie des MI.
- Objectif glycémique usuel : HbA1c < 7 %, à adapter à l’âge, l’espérance de vie et les comorbidités ; prise en charge globale du risque CV (PA, LDL, tabac, poids).
- Traitement : mesures hygiéno-diététiques + antidiabétiques oraux/injectables adaptés (metformine en première intention en général), puis ajout de classes ou insuline selon l’évolution.
Définitions et critères diagnostiques
Définitions
- Diabète sucré : hyperglycémie chronique due à un défaut de sécrétion d’insuline, d’action de l’insuline, ou les deux.
- Diabète de type 2 (DT2) : diabète non insulinodépendant initialement, multifactoriel, survenant le plus souvent chez l’adulte en surpoids, avec insulinorésistance et déficit progressif de la cellule β.
Critères diagnostiques biologiques (hors grossesse)
La biologie doit être réalisée sur plasma veineux, en laboratoire.
- Glycémie à jeun (au moins 8 h de jeûne) :
- Diabète si ≥ 1,26 g/L (≥ 7,0 mmol/L), confirmée par une 2e mesure à un autre jour en l’absence de contexte aigu.
- Glycémie à jeun « intermédiaire » (souvent dit « prédiabète ») : 1,10 à 1,25 g/L.
- Glycémie aléatoire (non à jeun) :
- Diabète si ≥ 2,0 g/L (≥ 11,1 mmol/L) en présence de symptômes typiques (polyurie, polydipsie, amaigrissement, asthénie) → confirmation non obligatoire si contexte typique.
- HbA1c (méthode standardisée) :
- Diabète si ≥ 6,5 % (≥ 48 mmol/mol), sur un prélèvement de laboratoire.
- Entre 5,7 % et 6,4 % : zone à risque accru de diabète (selon référentiels, prudence d’interprétation selon contexte et méthode).
- HGPO (hyperglycémie provoquée orale) – 75 g de glucose, glycémie à 2 h :
- Diabète si ≥ 2,0 g/L (≥ 11,1 mmol/L).
- Intolérance au glucose : 1,40 à 1,99 g/L à 2 h.
Conduite pratique du diagnostic
- En pratique : en dehors de l’urgence, confirmer toujours par un 2e dosage (même critère ou critère différent) en l’absence de symptômes francs.
- Attention aux situations où l’HbA1c est peu fiable : hémoglobinopathies, anémies hémolytiques, insuffisance rénale terminale, transfusions récentes, grossesse.
- Devant une hyperglycémie modérée répétée sans contexte aigu, penser à épaissir le bilan : profil lipidique, créatininémie, albuminurie, bilan CV.
Physiopathologie du diabète de type 2
Mécanismes principaux
- Insulinorésistance périphérique :
- Diminution de la sensibilité à l’insuline au niveau du muscle, du foie, du tissu adipeux.
- Favorisée par l’obésité centrale, l’inflammation de bas grade, la sédentarité et des facteurs génétiques.
- Défaut progressif de sécrétion d’insuline :
- Altération de la fonction des cellules β pancréatiques.
- Incapacité à compenser l’insulinorésistance, surtout lors des repas.
- Hyperproduction hépatique de glucose :
- Augmentation de la néoglucogenèse hépatique malgré l’hyperinsulinémie.
- Autres mécanismes :
- Dysfonction de l’axe incrétine (GLP-1, GIP).
- Rôle de la lipotoxicité (excès d’AG libres) et de la glucotoxicité chronique.
Facteurs de risque et contexte clinique
- Facteurs de risque majeurs :
- Surpoids/obésité, surtout androïde (tour de taille augmenté).
- Antécédents familiaux de diabète (1er degré).
- Sédentarité, alimentation riche en sucres et graisses, faible activité physique.
- Âge > 40–45 ans.
- Autres facteurs :
- Hypertension artérielle, dyslipidémie, syndrome métabolique.
- Diabète gestationnel antérieur, macrosomie fœtale.
- Pathologies endocriniennes ou traitements favorisant l’hyperglycémie (ex : corticoïdes au long cours).
Dépistage du diabète de type 2
Populations à dépister
- Pas de dépistage systématique par HbA1c chez l’adulte jeune sans facteur de risque.
- Dépistage recommandé chez les sujets à haut risque :
- IMC ≥ 25 kg/m² (ou ≥ 23 selon l’origine ethnique) + au moins un facteur de risque.
- Antécédents de diabète gestationnel ou enfant macrosome.
- HTA, dyslipidémie, syndrome métabolique.
- Antécédents familiaux de premier degré.
- Pathologie CV avérée (coronarienne, AVC, AOMI).
Modalités et fréquence
- Outil principal : glycémie à jeun en laboratoire.
- Possibilité HbA1c selon l’accessibilité et les recommandations locales.
- Si normal : dépistage renouvelé périodiquement (par exemple tous les 3 ans), plus fréquent si profil à très haut risque ou anomalies modérées.
- Devant une EF anormale (glycémie intermédiaire ou HbA1c en zone à risque) : renforcer la prévention et surveillance annuelle au minimum.
Complications du diabète de type 2
Principes généraux
- Les complications sont liées à la durée et à la sévérité de l’hyperglycémie, mais aussi aux facteurs de risque associés (HTA, dyslipidémie, tabac).
- Elles se distinguent en microangiopathies et macroangiopathies.
Microangiopathies
- 1.Rétinopathie diabétique
- Première cause de cécité acquise dans les pays développés.
- Atteinte microvasculaire rétinienne : microanévrismes, hémorragies, exsudats, néovaisseaux.
- Dépistage : fond d’œil ou rétinographie régulière, dès le diagnostic de DT2 (la maladie pouvant être ancienne).
- 1.Néphropathie diabétique
- Microalbuminurie puis protéinurie, progression possible vers l’IRC.
- Première cause d’insuffisance rénale terminale dans de nombreux pays.
- Dépistage : créatininémie (DFG estimé) + recherche d’albuminurie (rapport albumine/créatinine urinaire), annuelle au moins.
- 1.Neuropathie diabétique
- Neuropathie périphérique sensitivomotrice : paresthésies, douleurs, hypoesthésie en « chaussettes ».
- Neuropathies autonomes possibles : cardiovasculaire (troubles du rythme, hypotension orthostatique), digestive (gastroparésie), génito-urinaire.
- Favorise le pied diabétique : ulcérations, mal perforant plantaire, infections, risque d’amputation.
Macroangiopathies
- Cardiopathie ischémique :
- Angor, infarctus du myocarde, ischémie silencieuse fréquente.
- Le DT2 est un facteur de risque CV majeur.
- Accident vasculaire cérébral (AVC) :
- Ischémique surtout, favorisé par l’HTA et l’athérosclérose diffuse.
- Artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) :
- Claudication intermittente, troubles trophiques, ischémie critique.
- Association fréquente avec neuropathie et risque de pied diabétique.
Autres complications
- Infections plus fréquentes et plus graves (peau, urinaires, pieds).
- Stéatopathie métabolique (NAFLD/NASH) associée au syndrome métabolique.
- Troubles psychiques, dépression, altération de la qualité de vie.
Objectifs de prise en charge
Objectifs glycémiques
- Objectif courant : HbA1c < 7 % chez l’adulte non âgé sans comorbidités majeures.
- Objectifs plus stricts (ex : < 6,5 %) possibles chez le sujet jeune, diabète récent, sans risque majeur d’hypoglycémie.
- Objectifs plus lâches (ex : < 7,5–8 %) chez le sujet âgé, fragile, polypathologique ou avec hypoglycémies sévères.
Objectifs tensionnels et lipidiques
- Pression artérielle :
- Cible généralement < 140/90 mmHg, voire < 130/80 mmHg selon l’âge, la tolérance et les comorbidités cardiovasculaires.
- Lipides :
- LDL-cholestérol : cible stricte selon le risque CV global, avec des objectifs typiques < 0,70 g/L pour le risque élevé et < 0,55 g/L pour le très haut risque.
- Contrôle des triglycérides et du HDL dans le cadre global du syndrome métabolique.
Objectifs pondéraux et hygiéno-diététiques
- Perte de poids modérée (5–10 % du poids initial) ayant un impact favorable sur la glycémie et le risque CV.
- Activité physique régulière d’intensité au moins modérée, adaptée aux capacités.
- Alimentation équilibrée : réduction des sucres simples, des graisses saturées, ajustement des apports caloriques, augmentation des fibres.
- Sevrage tabagique systématiquement recherché et accompagné.
Principes de prise en charge thérapeutique
Mesures hygiéno-diététiques (fondement du traitement)
- Éducation thérapeutique du patient (compréhension de la maladie, auto-surveillance, prévention des hypoglycémies, gestion des pieds, etc.).
- Rééquilibrage alimentaire avec l’aide d’un diététicien si possible.
- Mise en route et maintien d’une activité physique adaptée.
- Prise en charge coordonnée des facteurs de risque CV (tabac, HTA, dyslipidémie).
Classes d’antidiabétiques (sans posologie)
- 1.Biguanides (metformine)
- Diminution de la production hépatique de glucose, amélioration de la sensibilité à l’insuline.
- En général traitement de première intention si non contre-indiqué (notamment selon la fonction rénale).
- 1.Sulfamides hypoglycémiants (sulfonylurées)
- Stimulation de la sécrétion d’insuline par les cellules β.
- Risque d’hypoglycémies et de prise de poids.
- 1.Glinides
- Sécréteurs d’insuline à action rapide, surtout sur la glycémie post-prandiale.
- Risque d’hypoglycémies, mais profil différent des sulfamides.
- 1.Inhibiteurs de la DPP-4 (gliptines)
- Augmentation de la durée d’action des incrétines endogènes.
- Effet modéré sur la glycémie, profil de tolérance généralement favorable.
12 flashcards pour mémoriser
Lis la question, cherche la réponse, puis ouvre la carte pour vérifier.
1Quels sont les principaux critères diagnostiques biologiques du diabète (hors grossesse) ?
Le diabète est diagnostiqué par l’un des critères suivants : glycémie à jeun ≥ 1,26 g/L confirmée, HbA1c ≥ 6,5 %, glycémie aléatoire ≥ 2,0 g/L avec syndrome cardinal, ou glycémie à 2 h d’HGPO ≥ 2,0 g/L.
2Quelle est la définition de l’insulinorésistance dans le diabète de type 2 ?
L’insulinorésistance est la diminution de la réponse des tissus cibles (muscle, foie, tissu adipeux) à une quantité donnée d’insuline, nécessitant des concentrations plus élevées pour obtenir le même effet métabolique.
3Quelles sont les valeurs de glycémie à jeun correspondant au diabète et à la zone intermédiaire ?
Le diabète correspond à une glycémie à jeun ≥ 1,26 g/L (à deux reprises), tandis que la zone intermédiaire (anomalie de la glycémie à jeun) se situe entre 1,10 et 1,25 g/L.
4Quels sont les trois grands types de complications microangiopathiques du diabète de type 2 ?
Les complications microangiopathiques sont la rétinopathie diabétique, la néphropathie diabétique et la neuropathie diabétique (périphérique et autonome).
5Quel est l’objectif habituel d’HbA1c chez l’adulte avec diabète de type 2 ?
L’objectif usuel est une HbA1c < 7 %, à adapter en fonction de l’âge, de la durée du diabète, des comorbidités et du risque d’hypoglycémie.
6Quelle est la place de la metformine dans le traitement du diabète de type 2 ?
La metformine, biguanide, est en général le traitement de première intention du diabète de type 2, en complément des mesures hygiéno-diététiques, sauf contre-indication.
7Quelles complications macroangiopathiques sont associées au diabète de type 2 ?
Les complications macroangiopathiques incluent la cardiopathie ischémique (angor, infarctus), les accidents vasculaires cérébraux et l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs.
8Quels sont les principaux facteurs de risque de diabète de type 2 ?
Les facteurs de risque majeurs sont le surpoids/obésité surtout abdominale, les antécédents familiaux de diabète, la sédentarité, l’âge avancé, l’HTA, la dyslipidémie et les antécédents de diabète gestationnel.
9Quels examens sont recommandés pour le dépistage des complications rénales chez un patient diabétique ?
Le dépistage repose sur la créatininémie (pour estimer le DFG) et la recherche d’albuminurie, le plus souvent via un rapport albumine/créatinine urinaire, au moins une fois par an.
10Dans quelles situations l’HbA1c peut-elle être peu fiable pour diagnostiquer ou suivre un diabète ?
L’HbA1c est peu fiable en cas d’hémoglobinopathies, d’anémies hémolytiques, d’insuffisance rénale terminale, de transfusion récente ou pendant la grossesse.
11Quels sont les grands axes de la prise en charge non médicamenteuse du diabète de type 2 ?
Ils comprennent l’éducation thérapeutique, l’adaptation de l’alimentation, l’augmentation de l’activité physique, la perte de poids si nécessaire et le sevrage tabagique.
12Quelles classes d’antidiabétiques ont montré un bénéfice cardiovasculaire ou rénal dans certaines populations ?
Plusieurs inhibiteurs du SGLT2 ont montré un bénéfice sur l’insuffisance cardiaque et la néphroprotection, et certains agonistes du GLP-1 ont montré un bénéfice cardiovasculaire chez des patients à haut risque.
8 QCM corrigés
Une ou plusieurs réponses justes par question. Coche, puis « Vérifier » : la question n’est juste que si tu as toutes les bonnes cases, comme à l’examen.
1. Quels critères permettent de poser le diagnostic de diabète de type 2 (hors grossesse) chez un adulte ?
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Bonnes réponses : B, D.
Le diabète est défini pour HbA1c ≥ 6,5 % et pour glycémie à 2 h d’HGPO ≥ 2,0 g/L. Une glycémie à jeun à 1,15 g/L est seulement intermédiaire. Une glycémie aléatoire ≥ 2,0 g/L doit s’accompagner de symptômes typiques pour suffire au diagnostic.
2. Parmi les propositions suivantes, lesquelles décrivent correctement la physiopathologie du diabète de type 2 ?
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Bonnes réponses : A, C, D, E.
Le DT2 associe insulinorésistance périphérique, hyperproduction hépatique de glucose, déficit progressif de la sécrétion d’insuline et souvent une hyperinsulinémie initiale. La destruction auto-immune massive des cellules β est caractéristique du DT1.
3. Quelles sont les principales complications microangiopathiques du diabète de type 2 ?
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Bonnes réponses : B, C, D.
Les microangiopathies concernent les petits vaisseaux : rétinopathie, néphropathie et neuropathie. Les cardiopathies ischémiques et l’AOMI relèvent de la macroangiopathie athéromateuse.
4. Concernant les objectifs de prise en charge du diabète de type 2 chez l’adulte, quelles affirmations sont exactes ?
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Bonnes réponses : A, C, D, E.
L’HbA1c < 7 % est une cible fréquente, mais les objectifs doivent être individualisés : plus stricts chez les sujets jeunes en bonne santé, plus souples chez les sujets âgés fragiles. La PA cible est généralement < 140/90, parfois plus basse selon le risque et la tolérance.
5. Quelles classes d’antidiabétiques ont un risque notable d’hypoglycémie ?
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Bonnes réponses : B, C.
Les sulfamides hypoglycémiants et les glinides stimulent la sécrétion d’insuline et exposent à un risque d’hypoglycémie. La metformine, les inhibiteurs de la DPP-4 et les inhibiteurs du SGLT2 ont un risque d’hypoglycémie beaucoup plus faible en monothérapie.
6. Concernant le dépistage du diabète de type 2, quelles propositions sont vraies ?
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Bonnes réponses : A, B, D.
La glycémie à jeun est l’outil de base du dépistage, particulièrement chez les sujets en surpoids et à risque. Un résultat normal peut être recontrôlé périodiquement, et une HbA1c en zone à risque impose un suivi rapproché. Les patients avec pathologie CV sont au contraire prioritaires pour le dépistage.
7. Quelles affirmations à propos de la néphropathie diabétique sont exactes ?
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Bonnes réponses : A, C, D.
La néphropathie débute généralement par une microalbuminurie, puis peut évoluer vers l’IRC terminale. Son dépistage se fait par albuminurie et créatininémie. Elle survient aussi chez les DT2 et est fortement influencée par le contrôle tensionnel.
8. Quelles classes thérapeutiques suivantes appartiennent au traitement du diabète de type 2 ?
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Bonnes réponses : A, B, C, E.
Biguanides, inhibiteurs de la DPP-4, analogues du GLP-1 et inhibiteurs du SGLT2 sont des classes d’antidiabétiques. Les bêta-bloquants sont des antihypertenseurs pouvant être utilisés pour le risque CV mais ne sont pas des antidiabétiques.