Résumé du cours
L’essentiel
- Diagnostic de PAC = tableau respiratoire aigu fébrile + foyer de condensation à la radiographie chez un patient non hospitalisé récemment.
- Germes principaux : Streptococcus pneumoniae en tête, puis germes atypiques et virus ; germe et gravité varient selon l’âge et les comorbidités.
- Imagerie de base : radiographie thoracique de face (± profil) confirmant un foyer alvéolaire ou interstitiel.
- Évaluer systématiquement la gravité : score CRB65 en ville, critères cliniques/biologiques/radiologiques pour décider de l’hospitalisation.
- Antibiothérapie probabiliste immédiate après prélèvements (si indiqués), adaptée au terrain et à la gravité, puis réévaluée à 48–72 h.
- Surveillance clinique rapprochée, prévention des complications et mesures associées (oxygénothérapie, vaccination, sevrage tabagique).
Définitions et rappels
- Pneumonie aiguë communautaire (PAC) : infection parenchymateuse aiguë du poumon, acquise en communauté ou dans les 48 premières heures d’hospitalisation.
- Opposée à la pneumonie nosocomiale : pneumonie survenant après au moins 48 h d’hospitalisation, sans incubation au moment de l’admission.
- Intéresse le parenchyme pulmonaire : atteinte alvéolaire (classique) ou interstitielle (virus, atypiques).
- Contexte habituel : début aigu ou rapidement progressif, chez un sujet vivant à domicile, hors contact récent avec le milieu de soins.
Facteurs de risque et terrains particuliers
- Sujet âgé (≥ 65 ans) : risque accru de pneumonie grave, présentation parfois frustre (confusion, chute, anorexie plus que fièvre et toux).
- Comorbidités : BPCO, insuffisance cardiaque, diabète, alcoolisme chronique, dénutrition, insuffisance rénale, cirrhose.
- Immunodépression : cancer, hémopathie, traitement immunosuppresseur, corticothérapie prolongée, infection VIH.
- Terrain à risque d’aspiration : troubles de la déglutition, troubles de conscience, maladie neurodégénérative.
Germes en fonction du terrain
Sujet adulte sans comorbidité ni facteur de risque particulier
- Streptococcus pneumoniae : germe le plus fréquent toutes situations confondues.
- Germes respiratoires atypiques : Mycoplasma pneumoniae, Chlamydophila pneumoniae, plus rarement Legionella pneumophila.
- Virus respiratoires : grippe, VRS, rhinovirus, autres virus saisonniers.
Sujet âgé ou avec comorbidités respiratoires/cardiovasculaires
- Toujours S. pneumoniae au premier plan.
- Entérobactéries (terrain fragile, dénutrition, comorbidités multiples).
- Haemophilus influenzae, Moraxella catarrhalis surtout en cas de BPCO.
Terrain à risque d’aspiration
- Flore oropharyngée et anaérobies.
- Entérobactéries, staphylocoques en fonction des comorbidités.
Immunodéprimé
- Pneumonie bactérienne communautaire habituelle (pneumocoque, H. influenzae, etc.).
- Agents opportunistes possibles selon le type d’immunodépression (à connaître de principe mais hors détail thérapeutique) : Pneumocystis jirovecii, champignons, CMV…
Clinique : tableaux typiques et formes trompeuses
Signes fonctionnels respiratoires
- Toux (sèche ou productive), expectorations (purulentes fréquentes), douleur thoracique plurithoracique de type pleurétique.
- Dyspnée d’effort puis de repos possible, polypnée.
- Hémoptysie possible mais non spécifique.
Signes généraux
- Fièvre souvent élevée avec frissons, malaise, myalgies, asthénie importante.
- Anorexie, sueurs ; possible syndrome pseudo-grippal initial.
Examen clinique respiratoire
- Syndrome de condensation alvéolaire classique : râles crépitants localisés, souffle tubaire, augmentation des vibrations vocales.
- Épanchement pleural associé possible (matité à la percussion, abolition du murmure vésiculaire à la base).
- Chez le sujet âgé : présentation parfois pauci-symptomatique respiratoire, avec confusion, agitation, chutes, décompensation d’une pathologie chronique.
Signes de gravité clinique (immédiats)
- Signes respiratoires : polypnée marquée, signes de lutte, cyanose, SpO2 basse malgré O2, signes de détresse respiratoire aiguë.
- Signes hémodynamiques : hypotension, marbrures, tachycardie, temps de recoloration cutanée allongé.
- Signes neurologiques : confusion, agitation, troubles de conscience.
- Altération majeure de l’état général : incapacité à boire/manger, impossibilité de gérer le traitement à domicile.
Examens complémentaires
Radiographie thoracique
- Indispensable au diagnostic de PAC : radiographie thoracique face (et parfois profil) recherchant un foyer pulmonaire.
- Images typiques : opacité alvéolaire systématisée à limites floues, ± bronchogramme aérique, parfois associée à un épanchement pleural.
- Formes interstitielles : trame interstitielle augmentée, opacités réticulo-nodulaires diffuses ou péri-hilaires.
- Peut être normale au tout début ou masquée par une déshydratation ou une défaillance cardiaque ; contrôle possible si discordance clinico-radiologique.
Biologie standard
- NFS : hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles fréquente, mais leucopénie possible (mauvais pronostic).
- CRP, ± PCT : marqueurs d’inflammation, non spécifiques, utiles pour le suivi.
- Ionogramme sanguin, créatininémie, fonction hépatique : évaluation du terrain et de la gravité.
- Gaz du sang artériel ou capillaire si suspicion d’hypoxémie ou de gravité.
Microbiologie (selon gravité et contexte)
- En ambulatoire simple : pas de prélèvements systématiques.
- En cas de gravité ou d’hospitalisation : hémocultures, examen cytobactériologique des expectorations (ECBC) de bonne qualité, antigénuries (pneumocoque, légionelle) selon le tableau.
- Tests virologiques respiratoires (PCR) si contexte épidémique ou suspicion de grippe / virus respiratoires.
Évaluation de la gravité : score CRB65 et autres critères
Score CRB65 (utilisation en ville)
Chaque item vaut 1 point :
- C : Confusion mentale (nouvelle ou aggravée).
- R : Respiratory rate ≥ 30/min (polypnée ≥ 30/min).
- B : Blood pressure basse : PAS < 90 mmHg ou PAD ≤ 60 mmHg.
- 65 : Âge ≥ 65 ans.
Interprétation (principe) :
- Score 0 : faible mortalité, prise en charge possible en ambulatoire si pas d’autre facteur d’alerte.
- Score 1–2 : hospitalisation souvent recommandée, selon contexte et autres facteurs.
- Score ≥ 3 : forte gravité, discussion réanimation.
Autres critères de gravité (au-delà de CRB65)
- Détresse respiratoire : SpO2 basse malgré oxygène, signes de lutte, nécessité de ventilation.
- Instabilité hémodynamique : choc septique, besoin de vasopresseurs.
- Atteinte multiviscérale : insuffisance rénale aiguë, troubles de coagulation, cytopénies sévères.
- Lésions radiologiques extensives : atteinte multilobaire, atélectasie, épanchement pleural important, abcès pulmonaire.
Critères d’hospitalisation
Indications d’hospitalisation médicale
- CRB65 ≥ 1 selon le contexte, surtout ≥ 2.
- Signes de gravité clinique ou biologique même avec CRB65 bas.
- Comorbidités décompensées (cardiaques, respiratoires, rénales…).
- Contexte social défavorable : isolement, impossibilité d’observance, absence de surveillance.
- Échec d’un traitement ambulatoire bien conduit (absence d’amélioration ou aggravation à 48–72 h).
Indications de transfert/réanimation
- Choc septique ou nécessité de drogues vasoactives.
- Détresse respiratoire aiguë nécessitant une ventilation (invasive ou non invasive) ou FiO2 élevée.
- Score CRB65 élevé (≥ 3) avec défaillance d’organe.
Principes de l’antibiothérapie probabiliste (sans posologie)
Règles générales
- Antibiothérapie probabiliste débutée sans attendre l’agent causal lorsqu’il existe une forte présomption clinique et radiologique.
- Prélèvements microbiologiques réalisés avant la première dose d’antibiotique lorsqu’ils sont indiqués (hospitalisation, gravité).
- Adaptation secondaire à l’antibiogramme et à l’évolution clinique.
- Durée de traitement généralement courte (plusieurs jours, variable selon germe, gravité, complications), adaptée aux recommandations.
Choix en fonction du terrain et de la gravité (principes)
- Sujet jeune sans comorbidité, PAC non grave : couverture du pneumocoque et des germes communautaires usuels, ± couverture atypiques selon le contexte (tableau subaigu, toux sèche, contexte épidémique).
- Sujet âgé ou avec comorbidités : probabilités accrues d’entérobactéries et de H. influenzae ; schéma couvrant pneumocoque + bacilles à Gram négatif selon recommandations.
- Formes graves (hospitalisation, réanimation) : antibiothérapie à plus large spectre couvrant pneumocoque de sensibilité diminuée, entérobactéries, ± légionelle et staphylocoque selon contexte.
- Terrain à risque d’aspiration : couverture orientée vers anaérobies et flore oropharyngée.
Réévaluation et échec thérapeutique
- Réévaluation systématique clinique et biologique à 48–72 h.
- Si bonne évolution : poursuite puis arrêt à la durée recommandée.
- Si absence d’amélioration ou aggravation :
- Vérifier l’adhésion au traitement et la posologie.
- Rechercher complication : épanchement pleural compliqué, abcès, empyème.
- Reconsidérer le diagnostic : embolie pulmonaire, cancer bronchique, œdème pulmonaire.
- Adapter ou élargir l’antibiothérapie selon les résultats microbiologiques et l’imagerie.
Complications à connaître
- Pleurésie parapneumonique : épanchement pleural, simple ou purulent (empyème), nécessitant parfois drainage.
- Abcès pulmonaire, cavitation, surtout sur terrain d’aspiration ou germes spécifiques.
- Détresse respiratoire aiguë, SDRA.
- Sepsis sévère et choc septique.
- Décompensation de pathologie chronique (insuffisance cardiaque, BPCO, diabète…).
Prévention et mesures associées
- Oxygénothérapie adaptée à la SpO2, kinésithérapie respiratoire selon besoins.
- Antalgiques et antipyrétiques adaptés ; hydratation et nutrition surveillées.
- Prévention thromboembolique en cas d’hospitalisation prolongée.
- Vaccination antigrippale et antipneumococcique recommandée chez les sujets à risque.
- Lutte contre les facteurs favorisants : sevrage tabagique, prise en charge de l’alcoolisme, correction de la dénutrition.
À retenir
- La PAC associe un syndrome infectieux aigu et un foyer pulmonaire à la radiographie chez un patient vivant en communauté.
12 flashcards pour mémoriser
Lis la question, cherche la réponse, puis ouvre la carte pour vérifier.
1Qu’est-ce qu’une pneumonie aiguë communautaire (PAC) ?
La PAC est une infection aiguë du parenchyme pulmonaire, avec foyer à la radiographie, survenant chez un patient vivant en communauté ou dans les 48 premières heures d’hospitalisation.
2Quel est le principal agent responsable de pneumonie aiguë communautaire chez l’adulte ?
Le principal agent responsable est Streptococcus pneumoniae (pneumocoque), quel que soit le terrain.
3Quels sont les 4 items du score CRB65 ?
C : confusion ; R : fréquence respiratoire ≥ 30/min ; B : PAS < 90 mmHg ou PAD ≤ 60 mmHg ; 65 : âge ≥ 65 ans.
4Comment interpréter globalement un score CRB65 de 0, 1–2 et ≥ 3 ?
CRB65 = 0 : prise en charge ambulatoire possible. CRB65 1–2 : hospitalisation souvent indiquée selon le contexte. CRB65 ≥ 3 : forte gravité, discussion de prise en charge en réanimation.
5Quels sont les principaux signes cliniques évocateurs de PAC ?
Fièvre, toux, expectoration purulente, douleur thoracique pleurétique, dyspnée, associés à un syndrome de condensation à l’auscultation.
6Quel est l’examen d’imagerie de première intention devant une suspicion de PAC ?
La radiographie thoracique de face, éventuellement complétée par un cliché de profil, est l’examen de première intention.
7Dans quels cas des prélèvements microbiologiques sont-ils recommandés en cas de PAC ?
Ils sont recommandés en cas de PAC grave, d’hospitalisation, de comorbidités importantes ou d’échec d’un traitement ambulatoire.
8Quels sont les principaux critères d’hospitalisation d’une PAC ?
CRB65 élevé, signes de gravité (respiratoire, hémodynamique, neurologique), comorbidités décompensées, contexte social défavorable ou échec d’un traitement ambulatoire bien conduit.
9Quel terrain favorise les pneumonies d’aspiration et quels germes sont en cause ?
Les troubles de la déglutition, les troubles de conscience et les maladies neurologiques favorisent les pneumonies d’aspiration, impliquant flore oropharyngée et anaérobies.
10Quels sont les grands principes de l’antibiothérapie probabiliste dans la PAC ?
Elle est débutée rapidement après les prélèvements éventuels, cible d’abord les germes probables selon le terrain et la gravité, puis est adaptée secondairement à l’agent identifié et à l’évolution clinique.
11Quelles complications majeures doivent être recherchées au cours d’une PAC ?
Empyème pleural, abcès pulmonaire, détresse respiratoire aiguë, sepsis sévère et décompensation de pathologies chroniques doivent être recherchés.
12Pourquoi une réévaluation à 48–72 heures est-elle indispensable dans une PAC ?
Elle permet de vérifier l’efficacité clinique du traitement, d’adapter l’antibiothérapie aux résultats microbiologiques et de dépister un échec thérapeutique ou une complication.
7 QCM corrigés
Une ou plusieurs réponses justes par question. Coche, puis « Vérifier » : la question n’est juste que si tu as toutes les bonnes cases, comme à l’examen.
1. Quel élément est indispensable pour poser le diagnostic de pneumonie aiguë communautaire ?
Voir la correction
Bonne réponse : C.
Le diagnostic de PAC nécessite un foyer radiologique compatible. Fièvre, toux et hyperleucocytose sont fréquentes mais non indispensables ni spécifiques.
2. Concernant le score CRB65, quelles affirmations sont exactes ?
Voir la correction
Bonnes réponses : A, C.
Le CRB65 inclut la fréquence respiratoire, la pression artérielle, la confusion et l’âge ≥ 65 ans. Il s’applique à tous les adultes ; un score de 0 est rassurant pour une prise en charge ambulatoire.
3. Quels germes sont classiquement retrouvés dans les PAC du sujet jeune sans comorbidité ?
Voir la correction
Bonnes réponses : A, B, D.
Chez le sujet jeune sain, les germes principaux sont le pneumocoque, les germes atypiques (dont Mycoplasma) et les virus. Pseudomonas aeruginosa est surtout en cause sur terrains particuliers (BPCO sévère, contexte nosocomial…).
4. Parmi les signes suivants, lesquels évoquent une gravité immédiate d’une PAC ?
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Bonnes réponses : A, B, D.
Polypnée marquée, hypoxémie et confusion sont des signes de gravité. La fièvre isolée, même élevée, n’est pas un critère de gravité en soi.
5. À propos de l’antibiothérapie dans la PAC, quelles propositions sont exactes ?
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Bonnes réponses : B, C.
L’antibiothérapie est probabiliste et débutée sans attendre les résultats, surtout en cas de gravité. Elle n’est pas inutile si la radio est transitoirement normale, et ne doit pas être retardée par les prélèvements.
6. Quelles situations constituent des indications d’hospitalisation pour une PAC ?
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Bonnes réponses : B, C, D.
L’échec d’un traitement ambulatoire, la détresse respiratoire et un contexte social défavorable sont des indications d’hospitalisation. Un CRB65 = 0 sans comorbidité et avec bon contexte social peut relever de l’ambulatoire.
7. Quelles complications peuvent survenir au cours d’une PAC non contrôlée ?
Voir la correction
Bonnes réponses : A, B, D.
La PAC peut se compliquer de pleurésie compliquée, d’abcès pulmonaire et de sepsis sévère ou choc septique. L’embolie pulmonaire n’est pas une complication systématique de la PAC.