Aller au contenu
Médecine et EDNHématologieItem 213 EDN 10 min31 octobre 2026

Anémie : démarche diagnostique et principes de prise en charge (EDN)

Fiche de révision complète sur la démarche diagnostique devant une anémie : définitions, classification par VGM et réticulocytes, grandes causes, examens de 1re intention et signes de gravité. Adaptée au niveau EDN.

Fiche générée par l'IA de Pharo à partir d'un cours type, relue par un second modèle. Ton cours, ta prescription et les protocoles de ton établissement font foi.

Résumé du cours

L’essentiel

  • L’anémie est définie par une hémoglobine basse : < 13 g/dL chez l’homme, < 12 g/dL chez la femme, < 11 g/dL chez la femme enceinte.
  • La première étape est la classification par VGM (microcytaire, normocytaire, macrocytaire) et par taux de réticulocytes (réticulocytose vs arégénérative).
  • Principales causes : carence martiale, anémie inflammatoire, hémorragie aiguë ou chronique, hémolyse, carence en vitamine B12/folates, atteinte médullaire.
  • Examens initiaux : NFS avec réticulocytes, frottis sanguin, bilan martial, marqueurs d’inflammation, B12/folates, bilan rénal ± bilan hémolytique et électrophorèse de l’Hb.
  • Signes de gravité : anémie profonde mal tolérée (dyspnée de repos, douleur thoracique, signes neurologiques), contexte de cardiopathie, grossesse, sujet âgé fragile.
  • La prise en charge associe traitement étiologique (carence, hémolyse, hémopathie, cause rénale…) et, si besoin, transfusion selon la gravité, le terrain et les recommandations.

Définitions et rappels physiopathologiques

  • L’anémie se définit par une diminution de la concentration d’hémoglobine dans le sang en dessous des seuils usuels selon le sexe et l’âge.
  • Référentiels usuels chez l’adulte :
  • Homme : Hb < 13 g/dL.
  • Femme non enceinte : Hb < 12 g/dL.
  • Femme enceinte : Hb < 11 g/dL (dilution physiologique de la grossesse).
  • Chez l’enfant, les seuils varient avec l’âge ; ils sont fournis par les courbes de référence pédiatriques.

Conséquences physiologiques

  • Diminution de la capacité de transport de l’oxygène par le sang.
  • Mécanismes de compensation : augmentation du débit cardiaque, extraction tissulaire accrue d’O2, déplacement de la courbe de dissociation de l’Hb.
  • Symptômes dépendant de la profondeur, de la rapidité d’installation et du terrain (cardiopathie, artériopathie, sujet âgé, grossesse).

Classification de l’anémie

Par volume globulaire moyen (VGM)

  • Microcytaire : VGM < 80 fL.
  • Évoque surtout : carence martiale, anémie inflammatoire chronique, thalassémie, sidéroblastose.
  • Normocytaire : VGM 80–100 fL.
  • Évoque : hémorragie aiguë, anémie hémolytique, insuffisance rénale, anémie inflammatoire, atteinte médullaire débutante.
  • Macrocytaire : VGM > 100 fL.
  • Évoque : carence en vitamine B12 et/ou folates (macrocytose mégaloblastique), alcool, hypothyroïdie, myélodysplasie, certains médicaments.

Par taux de réticulocytes

  • Réticulocytose (réticulocytes élevés) = anémie régénérative.
  • Oriente vers : hémolyse, hémorragie aiguë ou correction récente d’une carence.
  • Réticulopénie (réticulocytes bas ou N inadapté) = anémie arégénérative.
  • Oriente vers : carence martiale, carence en B12/folates, anémie inflammatoire, insuffisance rénale, aplasie médullaire, myélodysplasie.

Grandes étiologies selon le VGM

Anémies microcytaires

  • Carence martiale (cause la plus fréquente) :
  • Causes : pertes sanguines chroniques (digestives, gynécologiques, urinaires), apports insuffisants, malabsorption.
  • Bilan martial : ferritine basse (en l’absence d’inflammation), fer sérique bas, CST basse, transferrine élevée.
  • Recherche systématique d’une cause de saignement occulte, en particulier digestive, surtout chez l’homme et la femme ménopausée.
  • Anémie inflammatoire :
  • Terrain : maladie inflammatoire chronique, infection, cancer.
  • Ferritine normale ou élevée (protéine de phase aiguë), fer sérique bas, CST basse, transferrine basse.
  • Thalassémies :
  • Microcytose marquée avec anémie modérée, réticulocytes N ou élevés.
  • Contexte familial/ethnique, électrophorèse de l’hémoglobine anormale.

Anémies normocytaires

  • Hémorragie aiguë :
  • Contexte clinique évocateur (traumatisme, chirurgie, hémorragie digestive, gynécologique…).
  • Initialement Hb normale puis baisse secondaire, réticulocytose retardée.
  • Anémies hémolytiques :
  • Réticulocytose, LDH élevées, bilirubine non conjuguée élevée, haptoglobine basse.
  • Causes : hémolyse auto-immune, anomalies de membrane, déficit enzymatique, hémoglobinopathies, toxiques.
  • Anémie inflammatoire ou insuffisance rénale chronique :
  • Réticulocytes N ou bas, VGM normal, ferritine normale ou élevée.
  • Insuffisance rénale : baisse de production d’érythropoïétine.
  • Atteintes médullaires (aplasie, infiltration par hémopathie, métastase) :
  • Pancytopénie possible, réticulopénie, anomalies au myélogramme.

Anémies macrocytaires

  • Carence en vitamine B12 :
  • Macrocytose, parfois pancytopénie, neutrophiles hypersegmentés.
  • Signes neurologiques possibles (myélopathie, neuropathie périphérique).
  • Étiologies : gastrite atrophique auto-immune, gastrectomie, malabsorption, régime strictement vegan prolongé.
  • Carence en folates :
  • Macrocytose, sans atteinte neurologique typique.
  • Causes : apports insuffisants, alcoolisme, malabsorption, augmentation des besoins (grossesse, hémolyse chronique).
  • Autres causes de macrocytose :
  • Alcoolisme chronique, hypothyroïdie, myélodysplasies, certains médicaments (notamment cytotoxiques, anti-foliques).

Démarche diagnostique pratique

Étape 1 : confirmer l’anémie

  • NFS : confirme la baisse de l’hémoglobine, du nombre de GR, hématocrite.
  • Contrôle de la qualité de la prise de sang (hémodilution possible, perfusion en place…).
  • Vérifier les autres lignées : leucocytes, plaquettes.

Étape 2 : caractériser l’anémie

  • VGM : microcytaire, normocytaire, macrocytaire.
  • TCMH/CCMH : aide à caractériser l’hypochromie.
  • Réticulocytes : régénérative (élevés) vs arégénérative (bas ou inadaptés).
  • Frottis sanguin :
  • Recherche d’anisopoïkilocytose, schizocytes, sphérocytes, drépanocytes, cellules en cible, blastes, anomalies nucléaires.

Étape 3 : bilan étiologique de première intention

  • Selon le type d’anémie, mais le plus souvent :
  • Bilan martial : ferritine, fer sérique, capacité totale de fixation, coefficient de saturation de la transferrine.
  • Syndrome inflammatoire : CRP, VS.
  • Vitamine B12 et folates : devant macrocytose ou contexte évocateur.
  • Fonction rénale : urée, créatininémie, estimation du DFG.
  • Bilan hépatique, TSH si contexte.
  • Bilan hémolytique si anémie régénérative ou suspicion clinique : LDH, bilirubine libre, haptoglobine, test de Coombs direct.
  • Électrophorèse de l’hémoglobine si microcytose disproportionnée, contexte ethnique ou familial.

Étape 4 : examens de seconde intention

  • Adaptés au contexte et aux résultats initiaux :
  • Endoscopies digestives (fibroscopie oesogastroduodénale, coloscopie) à la recherche de saignement occulte en cas de carence martiale inexpliquée.
  • Myélogramme / biopsie ostéomédullaire : suspicion d’aplasie, de myélodysplasie, d’hémopathie maligne, d’infiltration médullaire.
  • Imagerie ciblée selon étiologie suspectée.

Signes cliniques et signes de gravité

Signes fonctionnels d’anémie

  • Asthénie, pâleur cutanéo-muqueuse.
  • Dyspnée d’effort, palpitations, céphalées, acouphènes, vertiges.
  • Chez la personne âgée : chutes, confusion, décompensation de pathologie chronique.

Signes de gravité immédiate

  • Gravité liée à la profondeur, à la rapidité d’installation et au terrain.
  • Signes de mauvaise tolérance :
  • Dyspnée de repos, polypnée, signes de détresse respiratoire.
  • Tachycardie importante, hypotension, signes de choc.
  • Douleur thoracique, signes d’ischémie myocardique (angor, troubles ECG), troubles du rythme.
  • Troubles neurologiques (troubles de la conscience, déficit focal, confusion aiguë).
  • Terrains à haut risque : cardiopathie ischémique, insuffisance cardiaque, artériopathie, sujet très âgé, grossesse.

Principes de la prise en charge de la gravité

  • Hospitalisation et prise en charge urgente si signes de choc, détresse respiratoire ou signes neurologiques aigus.
  • Discussion de la transfusion de concentrés de GR selon l’hémoglobine, les symptômes, le terrain et les recommandations en vigueur.
  • Traitement étiologique spécifique à initier dès que possible (contrôle du saignement, traitement d’une hémolyse auto-immune, correction d’une carence…).

Pièges classiques

  • Considérer comme « anodine » une anémie chez l’homme ou la femme ménopausée sans rechercher un saignement digestif.
  • Interpréter à tort une ferritine normale comme excluant une carence martiale en contexte inflammatoire (ferritine augmente avec l’inflammation).
  • Oublier de demander les réticulocytes : classification régénérative vs arégénérative indispensable.
  • Manquer une carence en B12 chez un patient anémique sans macrocytose très marquée (macrocytose parfois modérée ou absente au début).
  • Attribuer à tort une anémie à la seule insuffisance rénale sans éliminer une autre cause associée (carence martiale, hémopathie, inflammation).

À retenir

  • Devant une anémie, toujours confirmer par la NFS, classer par VGM et réticulocytes avant de poursuivre le bilan.
  • Les trois grands cadres : carence martiale / anémie inflammatoire, hémorragie ou hémolyse, atteinte médullaire ou carence vitaminique.
  • Le bilan de première intention repose sur : NFS, réticulocytes, frottis, bilan martial, CRP, B12/folates, fonction rénale, ± bilan hémolytique.
  • Ne pas méconnaître les situations graves : anémie aiguë, mauvaise tolérance clinique, terrains fragiles (cardiaques, âgés, grossesse).
  • Toute anémie ferriprive inexpliquée chez l’adulte impose la recherche d’une cause de saignement sous-jacente, en particulier digestive.

12 flashcards pour mémoriser

Lis la question, cherche la réponse, puis ouvre la carte pour vérifier.

  1. 1Quels sont les seuils usuels d’hémoglobine définissant une anémie chez l’adulte ?

    Chez l’adulte, on parle d’anémie pour une hémoglobine < 13 g/dL chez l’homme, < 12 g/dL chez la femme non enceinte, et < 11 g/dL chez la femme enceinte.

  2. 2Comment se définit une anémie microcytaire sur le plan du VGM et quelles en sont les principales causes ?

    Une anémie microcytaire a un VGM < 80 fL. Les principales causes sont la carence martiale, l’anémie inflammatoire chronique, les thalassémies et certaines sidéroblastoses.

  3. 3Quelle est la signification d’une réticulocytose chez un patient anémique ?

    Une réticulocytose (réticulocytes élevés) traduit une anémie régénérative, orientant vers une hémorragie aiguë, une hémolyse ou une correction récente d’une carence.

  4. 4Quel est le profil biologique typique d’une carence martiale ?

    En cas de carence martiale, l’anémie est souvent microcytaire hypochrome, avec ferritine basse (hors inflammation), fer sérique bas, coefficient de saturation de la transferrine bas et transferrine élevée.

  5. 5Quels éléments du bilan orientent vers une anémie inflammatoire ?

    L’anémie inflammatoire est souvent normo- ou microcytaire avec ferritine normale ou élevée, fer sérique bas, CST basse, transferrine basse et syndrome inflammatoire biologique (CRP, VS élevées).

  6. 6Quels sont les principaux marqueurs biologiques de l’hémolyse ?

    Les marqueurs d’hémolyse sont : réticulocytose, LDH élevées, bilirubine non conjuguée élevée, haptoglobine basse et parfois test de Coombs direct positif en cas d’hémolyse auto-immune.

  7. 7Quelles carences doivent être évoquées devant une anémie macrocytaire ?

    Devant une anémie macrocytaire, il faut évoquer en priorité une carence en vitamine B12 et/ou en folates, mais aussi rechercher alcoolisme, hypothyroïdie, myélodysplasie ou médicaments responsables.

  8. 8Quels examens constituent le bilan de première intention devant une anémie ?

    Le bilan initial comprend NFS avec VGM, réticulocytes, frottis sanguin, bilan martial, CRP, B12/folates, fonction rénale, ± bilan hémolytique et électrophorèse de l’hémoglobine selon le contexte.

  9. 9Quels sont les principaux signes de mauvaise tolérance de l’anémie ?

    Les signes de mauvaise tolérance sont dyspnée de repos, polypnée, tachycardie, hypotension, douleur thoracique, signes d’ischémie myocardique, troubles du rythme et troubles neurologiques aigus.

  10. 10Dans quel contexte une anémie ferriprive impose-t-elle la recherche d’une hémorragie digestive ?

    Toute anémie ferriprive inexpliquée chez un homme adulte ou une femme ménopausée impose une exploration digestive à la recherche d’un saignement occulte, notamment tumoral.

  11. 11Pourquoi la ferritine peut-elle être trompeuse dans l’évaluation des réserves martiales ?

    La ferritine est une protéine de phase aiguë : elle peut être normale ou élevée en contexte inflammatoire malgré une carence martiale, d’où l’importance de l’interpréter avec le contexte clinique et la CRP.

  12. 12Quels terrains rendent une anémie modérée potentiellement plus grave ?

    Les terrains à risque sont la cardiopathie ischémique, l’insuffisance cardiaque, l’artériopathie, le sujet très âgé et la grossesse, où une anémie même modérée peut décompenser la pathologie ou nuire au fœtus.

7 QCM corrigés

Une ou plusieurs réponses justes par question. Coche, puis « Vérifier » : la question n’est juste que si tu as toutes les bonnes cases, comme à l’examen.

  1. 1. Quel énoncé définit correctement l’anémie chez l’adulte ?

    Voir la correction

    Bonne réponse : B.

    L’anémie est définie par Hb < 12 g/dL chez la femme non enceinte et < 13 g/dL chez l’homme. Les autres propositions ne correspondent pas aux seuils usuels ou ne tiennent pas compte du sexe.

  2. 2. À propos de la classification des anémies, quelles propositions sont exactes ?

    Voir la correction

    Bonnes réponses : B, C, D.

    Microcytaire = VGM < 80 fL (donc A est fausse), macrocytaire = VGM > 100 fL, les anémies sont classées selon le VGM (micro/normo/macro) et selon le taux de réticulocytes (régénérative/arégénérative).

  3. 3. Quel profil biologique est le plus compatible avec une carence martiale typique sans inflammation ?

    Voir la correction

    Bonne réponse : A.

    La carence martiale typique associe ferritine basse, fer sérique bas, CST basse et transferrine élevée. La ferritine élevée oriente plutôt vers une anémie inflammatoire ou une surcharge en fer.

  4. 4. Quelles situations orientent préférentiellement vers une anémie régénérative ?

    Voir la correction

    Bonnes réponses : A, B.

    L’hémorragie aiguë et l’anémie hémolytique sont classiquement associées à une réticulocytose (anémie régénérative). Les carences vitaminiques avancées et l’aplasie médullaire s’accompagnent d’une réticulopénie (anémie arégénérative).

  5. 5. Quels examens relèvent du bilan de première intention devant une anémie chez l’adulte ?

    Voir la correction

    Bonnes réponses : A, B, C.

    NFS, réticulocytes, frottis et bilan martial font partie du bilan initial. Le myélogramme n’est pas systématique, il est réservé à la suspicion d’atteinte médullaire ou d’hémopathie.

  6. 6. Quels sont des signes de mauvaise tolérance d’une anémie aiguë ?

    Voir la correction

    Bonnes réponses : A, B, C.

    Dyspnée de repos, signes d’ischémie myocardique et signes de choc traduisent une mauvaise tolérance. L’absence de symptômes chez un sujet jeune évoque au contraire une bonne tolérance clinique relative.

  7. 7. À propos de l’anémie ferriprive chez l’adulte, quelles affirmations sont justes ?

    Voir la correction

    Bonnes réponses : B, C.

    L’anémie ferriprive de l’adulte doit faire rechercher une cause, notamment digestive (dont cancer colorectal chez l’homme ou la femme ménopausée). La ferritine normale n’exclut pas une carence en contexte inflammatoire, et le traitement ne se limite pas à la supplémentation sans bilan étiologique.

Fais pareil avec TON cours

Dépose ton PDF, ta photo ou ton texte : ta fiche, tes flashcards et tes QCM sont prêts en 30 secondes, à partir de ton cours et pas d'un cours type.

Créer ma fiche gratuitement